[12.09.2025 — Démarche Artistique]

— La voie du MANOIRS ✶→|☾→♥.

Il existe des peintures dont la lumière naît de la matière.

Les MANOIRS tiennent la lumière hors du tableau — déportée, maîtrisée, conditionnée.

L’image existe déjà,
mais elle refuse de se livrer immédiatement.

Ce qui se donne à la lumière naturelle n’est qu’un seuil.

La lumière n’éclaire pas l’image.
Elle la fait basculer.


J’ai découvert la lumière en peinture, dans l’ombre des maîtres…

J’ai appris la peinture par le glacis, couche après couche, à faire naître la lumière lentement.

Mais cette lumière-là ne me suffisait plus.

Mon maître ne m’enseignait pas par démonstration. Il passait derrière moi, regardait le tableau, et disait simplement : « Mets de la lumière. »
Puis il repartait.

Je m'efforcais d'éclaircir ma palette, afin de faire entrer la lumière dans la peinture.
Quand il revenait, il disait la même chose. : « Mets de la lumière. »

Je ne comprenais plus, je tournais en rond ; la peinture résistait.

Alors j’ai fait un geste de colère. Un geste d’échec.
J’ai recouvert le tableau de noir.

Quand il est revenu et qu’il a vu ce que j’avais fait, il s’est arrêté longtemps. Puis il a dit :

« Ah. Eh bien voilà.
Là, tu as mis de la lumière. »

Ce jour-là, quelque chose s’est déplacé en moi.
J’ai compris que le noir n’était pas l’ennemi de la lumière, mais la clé.

Cette peinture appartient encore au monde où la lumière naît de la matière.

 

JMW Turner — Fisherman at the sea
Lionel PERBET
Fisherman at the sea — Huile sur toile 65×50 cm
Année : 2002.

Au bout de quelques années, j’ai voulu faire évoluer ma peinture. Prolonger, dans le présent, la lumière héritée des romantiques.

Je suis parti d’un constat simple : en peinture, je ne poursuis qu’une chose — la lumière. Alors je me suis tourné vers le noir, non pour l’éteindre, mais pour y trouver une autre manière d’éclairer.

J’ai mis de côté ce que je maîtrisais. J’ai cherché ma propre patine : profondeur du noir, matité, ferrage, surface.

À ce stade, la peinture se referme.

Manoirs — Vitrail Noir
Lionel PERBET
Vitrail noir - Hommage à Notre-Dame après l’incendie.
Matière noire sur bois : 73x85 cm. Année : 2019.

Ma volonté était de produire une peinture contemporaine. Mais les premières pièces obtenues avaient l’aspect de surfaces anciennes, comme des fragments de murs arrachés à un autre temps.

Je n’ai pas cherché à corriger cela. J’ai continué.

En reformulant une nouvelle patine, j’ai obtenu une peinture que j’ai jugée insatisfaisante et que j’ai détruite.

La surface ainsi révélée, brute, monolithique, opaque, a retenu mon attention. Je l’ai conservée telle quelle.

À ce moment-là, je ne cherchais plus à produire une image, mais à comprendre ce que la peinture pouvait encore contenir.

À cette époque, j’avais l’idée d’exposer ces monochromes noirs sur des murs noirs, éclairés à la lumière noire.

Ce détail, anodin en apparence, allait devenir déterminant.

Guidé par une curiosité presque enfantine, je me suis procuré une lumière noire, simplement parce que le mot « noir » y était associé à celui de la lumière.

En braquant cette lumière sur un monochrome détruit, j’ai découvert un passage rempli de lumière.

La peinture n’avait pas changé.

La condition de visibilité, oui.

J’ai compris que je venais de passer derrière le miroir, dans une autre dimension du noir.

La peinture reste identique. Seule la lumière bascule.

Lionel PERBET
MANOIRS — Diamant noir
Matière noire sur bois : 38×46 cm.
Année : 2019.
✶→|☾→♥

Il fallait désormais comprendre et maîtriser ce qui venait de se produire.

Cette révélation était née d’un accident, d’une erreur de dosage, d’une réaction chimique imprévue.

Un gramme de plus ou de moins, et l’image serait restée murée dans les ténèbres.

Après plusieurs tentatives, j’ai reformulé la patine. Les portes se sont rouvertes.

À partir de là, l’image n’est plus contenue dans la peinture.

Lionel PERBET
MANOIRS — Vierge noire
Matière noire sur bois : 38×46 cm.
Année : 2020.
✶→|☾→♥

C’est ainsi qu’est née la Vierge Noire.

Techniquement, cette image n’existe pas. Il n’y a qu’un seul pigment : le noir.

La lumière n’est plus produite par la matière. Elle est tenue hors d’elle, déportée, maîtrisée, conditionnée.

À partir de là, j’ai quitté définitivement un sillage pour créer ma propre voie en peinture : celle du MANOIRS.

Même dans les plus profonds des ténèbres, il est possible de trouver la lumière.

Longue vie aux MANOIRS©.

Sic Luceat Lux

 

[ Archive — Dossier MANOIRS© (PDF) ]